Ne chassez pas les forains des centres-villes!

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Ne chassez pas les forains des centres-villes!

Les forains sont encore bien présents dans notre pays. Le secteur, qui, ces dernières années, s’est fortement  professionnalisé et a été soumis à une réglementation stricte, n’est pas en recul. Des changements importants sont cependant visibles. Les jeunes restent plus longtemps dans l’entreprise de leurs parents et, en raison de contraintes techniques liées au trafic, les foires se déplacent parfois vers la périphérie des villes.

Toutefois, cette règle ne s'applique pas partout. En octobre, aura lieu à Liège la 160ème édition de la Foire d’Octobre et, cette année encore, elle ne quittera pas le centre-ville. La foire semble être tout aussi intouchable qu’une relique. La Foire d'Octobre est l'un des plus anciens événements du pays. Elle compte 166 attractions et reçoit le soutien plein et entier de la commune qui en est d’ailleurs l’organisatrice. Les commerçants locaux continuent à soutenir la démarche et préfèrent ne pas la voir déménager: «Cette foire traditionnelle existe maintenant depuis 160 ans, les voisins et les commerçants la connaissent donc comme leur poche. Les Liégeois accueillent toujours chaleureusement les quelque 600 forains,» explique-t-on au cabinet de l’echevine des classes moyennes, Maggy Yerna (PS). La foire a lieu chaque année (sans changement depuis son origine) dans le Parc d’Avroy dans le centre. Ces dernières années, des mesures de sécurité supplémentaires ont été prises pour réduire la pollution sonore. Malgré les quelques incidents, sa localisation reste inchangée: «Les incidents sont limités, mais la police patrouille plus qu'avant.» Comme dans toutes les villes, le nombre de places de parking diminue. «En raison des zones interdites à la circulation, nous conseillons à tous de venir en transport en commun ou de se garer sur l'un des parkings périphériques.»

Un millions d’euros de revenus

La méga-foire liégeoise d'un kilomètre de long attire en moyenne chaque année 1.500.000 touristes d’un jour et curieux. Certains restent même quelques jours dans les environs. Un vrai bonus pour le centre: «C'est excellent pour nos commerçants et nos établissements HoReCa. Tout le monde y trouve son compte. Trente pourcents des visiteurs disent se rendre dans un café ou un restaurant lors de leur visite à la foire, 22 pourcents font en plus du shopping et 19 pourcents utilisent les places de parking public. On estime qu'environ un million d'euros de revenus supplémentaires seront générés,» indique l’échevine. «Les commerçants profitent habilement souvent du grand nombre de visiteurs en proposant des remises ou des promotions spéciales dans les magasins. Chaque année, les habitants du quartier mettent même des chambres à la disposition des visiteurs qui souhaitent y passer la nuit.» Cette année, la foire se déroulera du 5 octobre au 11 novembre. 

Cinq ans de Sinksenfoor

À Anvers, le déménagement il y a cinq ans de la Sinksenfoor vers le Parkspoor Oost n'est pas passé inaperçu et a suscité quelques inquiétudes chez les forains et les associations de commerçants. La tempête de protestations semble s’être calmée, mais cela pose toujours des soucis à Nico Volckeryck, directeur régional du SNI Groot Antwerpen: «Je continue à trouver difficilement acceptable que trois riverains seulement aient pu causer un tel chambardement. On estime que le départ de la foire a entraîné la perte de 800 000 visiteurs dans le centre-ville. Les visites dans l’HoReCa et le shopping ont pratiquement disparu et, cela, alors que les foires ont généralement un effet de renforcement des centres. Faites la comparaison avec les Gentse Feesten: il est impensable de les retirer du centre.» Il ajoute que de telles mesures peuvent causer des drames sociaux: «Pour certains, la Sinksenfoor était une importante source de revenus annuels. Cette source s’est tarie. N'oubliez pas que l'emplacement actuel se trouve bien en dehors du centre-ville. Je reste un partisan de la création de zones HoReCa dédiées dans le centre-ville et reliées à la foire.»

“ Je reste un partisan de la création de zones HoReCa dédiées dans le centre-ville et reliées à la foire.”

Indispensable de créer ses propres zones HoReCa

Vincent Delforge, président du comité Sinksenfoor et lui-même forain, tient plusieurs stands de nourriture avec des membres de sa famille: «Le monde des foires est en constante évolution et ne peut plus être comparé à celui d'il y a 30 ans ou plus. Notre profession est en train de changer, ce qui signifie, comme ici à Anvers, qu’il en va de même pour les espaces. Suite au déménagement il y a cinq ans, nous avons été contraints de créer nos propres zones de restauration à l'intérieur des limites de la foire. Les centres-villes sont de plus en plus difficiles d'accès, mais un autre aspect qui joue un rôle tout aussi important est l'offre pléthorique d'activités de loisirs. Les gens se déplacent et recherchent les événements. Les distances n’ont qu’un rôle limité. La force d'une foire réside dans le folklore. Les petites foires qui ne sont pas liées aux traditions ou à la vie villageoise traditionnelle finiront à terme par disparaître.»

“ Les petites foires qui ne sont pas liées aux traditions ou à la vie villageoise  traditionnelle finiront à terme par disparaître.”

Les mêmes tendances au Nord et au Sud

Vincent Delforge possède lui-même deux stands de nourriture et participe régulièrement à des foires, tant en Flandre et qu’en Wallonie: «L'évolution des foires est identique dans les deux parties du pays. Outre le facteur folklore, nous remarquons également qu'il y a moins de forains; le nombre d'attractions reste néanmoins inchangé. 

Les jeunes sont plus prudents que par le passé et attendent plus longtemps avant de créer leur propre entreprise. Ils travaillent d'abord avec leurs parents, puis ils commencent à tenir leur propre stand.» Une tendance également observée par Steve Severeyns, forain et secrétaire général de l'asbl VBF-DBF (Défense des Forains Belges): «Il y a environ un millier de forains indépendants sur l’ensemble du pays. Des investissements ont été reportés
afin de réduire les risques de gueules de bois financières. Le nombre moyen d'attractions par foire reste le même, mais le nombre d’indépendants a cependant diminué de 20 pourcents.»

Les finances sous contrôle

Steve Severeyns constate que les frais annuels des forains s’envolent: «Les assurances sont très chères, l'essence et le diesel augmentent chaque année. L’art consiste à maîtriser les coûts. A terme, un stand de foire reste encore rentable. Les villes et les communes, en tant qu'organisateurs de foires, connaissent mieux que quiconque le rôle social et économique que nous jouons. En conséquence, certains coûts liés aux stand ont même été réduits.» Vincent Delforge acquiesce: «Nous ne pouvons plus rien laisser au hasard, et c'est mieux ainsi. Les contrôles de sécurité ont été considérablement augmentés.»

Il sait aussi que, comme dans d'autres secteurs, une centralisation s’impose: «Une collaboration plus poussée doit avoir lieu entre les forains. C'est la seule façon pour nous de grandir et de devenir plus professionnels. Le déménagement au Parkspoor Oost a été digéré, nous en tirons le meilleur parti ensemble. Nous avons fait la même chose à la fin des années soixante, lorsque nous avons été forcés de passer du Leien au Zuiderdokken, qui étaient à l'époque aussi en périphérie.» Vincent Delforge continue à estimer que le centre-ville est la meilleure solution: «Une foire dans un centre-ville est toujours, s’il y a concertation, une solution win-win. Nous devons essayer d'éviter un déménagement. Une foire ne devrait pas être une destination en soi comme l’est un parc d'attractions, mais c'est pourtant le cas à Anvers. Et n'oubliez pas: les forains ne sont pas des marginaux. Nous sommes soumis aux lois comme toute entreprise belge et nous savons très bien ce que nous faisons».

“ Les villes et les communes, en tant qu'organisateurs de foires, connaissent mieux que quiconque le rôle social et économique que nous jouons.”

Les kermesses fonctionnent aussi dans les petites communes

Les kermesses, c’est aussi une affaire de petites villes. Bonheiden, près de Malines, compte 15 000 habitants, dont 40 pourcents de personnes âgées. L’echevin local de l’economie, Bart Vanmarcke, (Open VLD) estime que la foire constitue une valeur ajoutée pour le centre-ville: «Il est clair qu'elle a un effet stimulant sur les jeunes familles avec des enfants en bas âge, souvent des gens que l'on ne voit pratiquement jamais dans le centre-ville. La commune organise pas moins de trois manifestations foraines par an et depuis environ deux ans, elle y associe un ‘petit plus’ pour les enfants: celui qui accumulera suffisamment de points ('ducats') en se rendant souvent à l'école à vélo, recevra des ‘pass’ gratuits pour les différentes attractions. Bonheiden s’est vue récompensée à plusieurs reprises en Belgique et à l'étranger, et cela, tant par des autorités que par des entreprises privées, pour cette initiative que la commune a d’ailleurs aujourd'hui entièrement numérisée.» 

Les commerçants pour la centralisation

La foire de mai à Bonheiden s'est déroulée en même temps qu’une nouvelle initiative, la première édition de ‘Bontastisch’, un événement de rue qui met en valeur les commerçants locaux: «Il était frappant de constater durant les discussions pendant la phase initiale du projet que les commerçants locaux ne voulaient clairement pas que la foire et ‘Bontastisch’ soient dissociés. La foire a joué un rôle important dans l'événement en tant que pôle d'attraction. Notre centre est trop petit pour parler de véritables actions-chocs de la part des commerçants, mais nous avons néanmoins réussi à créer une situation de winwin pour les trois parties prenantes à savoir: la commune, les commerçants et les forains.»

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