La pénurie de médicaments cause des soucis aux pharmaciens

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La pénurie de médicaments cause des soucis aux pharmaciens

Les pharmaciens belges exercent leur métier avec passion au quotidien. Pourtant, ils sont aussi confrontés, à l’instar d'autres secteurs, à un certain nombre de problèmes. La pénurie de médicaments est un phénomène d'actualité en augmentation. En novembre de l'année dernière, le seuil des quatre cents a été dépassé et le compteur est en ce moment arrêté sur 443.

Il existe donc une pénurie pour environ 5 % des médicaments courants: «C'est un peu arbitraire, parce que pour beaucoup de médicaments une alternative existe. Nous tirons quand même la sonnette d'alarme parce que nous devons travailler dur chaque jour pour faire en sorte que les patients disposent de leurs médicaments mais parfois ce n’est tout simplement plus possible», déclare Lieven Zwaenepoel, le vice-président et porte-parole de l'APB (Association Pharmaceutique Belge). «En réalité, on parle, en ce qui concerne notre pharmacie, de dizaines de produits qui doivent être livrés de toute urgence.»

Fabienne Ergo, à Estinnes-au-Val, explique que la pénurie exige une concertation constante avec les médecins: «Nous examinons les pénuries les plus préoccupantes et voyons ensemble quelle alternative nous pouvons proposer au patient. Parfois, cela implique aussi que nous achetions des médicaments à l'étranger, mais ces livraisons prennent un certain temps. Parfois jusqu'à cinq jours.» Les causes sont multiples: «Plusieurs facteurs jouent un rôle. Ils sont généralement de nature économique et internationale et la solution se fait attendre. Il nous est difficile d’y remédier en tant qu’association professionnelle. Parfois, il s'agit d'un médicament qui n'est plus produit que dans une seule usine à l’étranger. Si l'unité de production est fermée pour cause de force majeure, le monde doit attendre le médicament.

Des problèmes complexes

Marco Peeters, pharmacien à Boom: «Il y a souvent un manque de communication sur les raisons pour lesquelles un médicament est temporairement indisponible. Cependant, c’est selon moi parfois lié à la mondialisation. Si une entreprise se met en grève à l'étranger, les conséquences sont pour nous. Aux Pays-Bas, les pénuries sont encore plus importantes.» Lieven Zwaenepoel confirme: «Chez nos voisins du Nord, des appels d'offres sont lancés pour la fourniture de médicaments. Par conséquent, les prix sont très compétitifs et bas mais il n'y a pas d'alternative. Heureusement, les choses sont différentes ici. On peut citer comme exemple les anticoagulants, qui sont vendus à prix d'aubaine voire à perte. Il sera donc difficile pour une entreprise de le laisser sur le marché.» Marco Peeters parle aussi des médicaments pour le coeur et de ceux contre l'épilepsie: «Dans ces cas-là, il y a un danger pour la santé publique. Vous ne pouvez pas simplement les remplacer par un autre médicament.»

"La pénurie de médicaments peut être un danger pour la santé publique"

Payons-nous trop ou trop peu?

Des médicaments bon marché, ce n’est pas la solution. Et pourtant, Fabienne Ergo voit les prix baisser: «Quoique l'on en pense, régulièrement les médicaments remboursés diminuent de prix. Cela n'est peut-être pas toujours perceptible au niveau de la quote-part du patient malheureusement. Les mesures d'économie du gouvernement tendent à diminuer les  remboursements, voire à les supprimer. Sous prétexte de faire diminuer la consommation. Le patient qui a besoin de son traitement le paye alors au prix fort. Exemple récent avec les antibiotiques et les sprays nasaux à base de corticoïdes. Si le patient ne rentre pas dans certains critères, son traitement n'est pas pris en charge par l'INAMI. Les médicaments génériques sont maintenant bien implantés et ont forcé les firmes pharmaceutiques à baisser leur prix. Avec les ruptures de stock que nous affrontons actuellement, heureusement qu'ils sont là pour nous offrir des alternatives.» Elle ajoute que la valeur de son stock diminue de 0,1 % tous les trois mois.

Selon Marco Peeters: «Notre système social avec ticket modérateur est bon. Parfois, on nous dit que des produits comme le Nurofen sont moins chers aux Pays-Bas, mais le système y est différent. Vous pouvez vous rendre dans une droguerie et y acheter toute une série de médicaments, personne ne se demandera pourquoi, il n'y a donc aucun contrôle. D'un autre côté, il y a des médicaments moins chers dans notre pays. Notre pays se situe dans la moyenne, nous ne sommes pas extrêmement bon marché, mais certainement pas plus cher que la moyenne.»

"Sans les médicaments génériques, le secteur serait en grandes difficultés"

Les maladies de jeunesse ont (quasiment) disparu

L'automatisation et la numérisation ne sont plus des inconnues pour le secteur pharmaceutique et ont un impact sur les opérations de tous les jours. Pour des raisons de sécurité et d'efficacité, les médecins et les pharmaciens sont passés depuis 2017 dans une phase transitoire pour les ordonnances avec codebarres (plus claires et sans ambiguïté). Le système a connu des ratés au démarrage mais ces maladies de jeunesse semblent maintenant ‘guéries’. À partir du 1er janvier 2020, il sera obligatoire dans la plupart des cas» poursuit Lieven Zwaenepoel. «Toutefois, il ne s'agit pas d'un système de communication qui relierait directement le médecin au pharmacien sans l'intervention du patient. On parle ici de  données personnelles qui sont donc sensibles du point de vue de la confidentialité. Cela nuirait également à la relation d’indépendance entre le médecin et le pharmacien. C'est non seulement illégal, mais cela peut aussi mener à des abus.» L'APB prépare actuellement des processus pour encore mieux impliquer le patient dans le ‘flux numérique’: «La carte eID est un bon exemple. Avec elle, le patient a toujours accès à ses données et à ses prescriptions sur https://masante.belgique.be. Il pourra assigner l'ordonnance à un pharmacien de son choix. Il faut également une ‘solution de repli’ en cas de panne numérique. Nous espérons que des solutions à ce problème pourront être lancées au cours de l'année 2020.»

Pas de pharmacien virtuel

Pourtant, l’ère du pharmacien virtuel n’est pas encore là. Fabienne Ergo dit: «Dans mon métier, et en région rurale, le contact humain est très important. La digitalisation arrive doucement mais sûrement. Avant de se déplacer, les patients trouvent mes coordonnées sur internet, consultent le site web, sont tenus au courant des actions dans la pharmacie via les réseaux sociaux. Dans certaines pharmacies, des écrans ont remplacé les linéaires. En attendant la délivrance de l’ordonnance, un écran diffuse des conseils adaptés.»

Lieven Zwaenepoel voit une évolution rapide de la profession: «Elle l'a toujours fait. Jusqu'aux années '70, de nombreux pharmaciens fabriquaient principalement des préparations magistrales. Ils en préparent beaucoup moins aujourd'hui. L'offre de médicaments et d'autres produits de santé a actuellement augmenté et notre métier est désormais beaucoup plus axé sur l’accompagnement et le conseil. L'évolution ne s'arrêtera pas en raison de la mondialisation et de la libéralisation. Enfin, les indépendants sont sous pression.»

Marco Peeters affirme lui aussi que le pharmacien en 2019 ne sera plus le même dans dix ans. «Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y ait plus personne devant le patient. Je crains qu'à plus long terme, les petits pharmacies disparaissent et que seules les grandes enseignes survivent. Le rôle de l'assistant qui aide le client deviendra plus important. En tant que pharmacien, notre rôle évoluera donc vers encore plus de conseils.»

“ Aujourd’hui, notre métier, c’est de l'accompagnement et du conseil ”

Le souffle brûlant des supermarchés

Même si les pharmaciens sont aujourd'hui obligés de relever leurs manches face à la transformation numérique, le plus grand défi à affronter est, selon eux, le ‘supermarché  pharmaceutique’. «Je nous vois évoluer vers le modèle américain. Votre antihistaminique entre les sodas et les chips», rit Fabienne Ergo. «L'atout majeur de notre profession est la qualité de notre écoute, nos conseils et notre proximité. Malheureusement, il n'est pas rare qu'une fois le conseil pris, le patient aille se procurer le même produit à un prix plus bas. L'approche commerciale de certains acteurs reste une menace pour la profession: «De telles chaînes fonctionnent au volume et peuvent donc proposer des packages promotionnels, ce qui nous est impossible.»

La crainte du secteur est que le pharmacien continue d'être le ‘conseiller’ mais que les clients finissent par acheter là où ils obtiennent les meilleures réductions ou sur Internet à un prix inférieur. «Même s’il faut toujours la présence d’un pharmacien diplômé dans chaque pharmacie où sont proposés des médicaments, nous craignons que les patients ne reçoivent parfois que peu ou pas d'informations. Cependant, espérons que le code de déontologie, la santé des personnes et la contribution solidaire de chacun au système d'assurance maladie soient toujours pris en compte dans la livraison des médicaments. Il y a plus en jeu que le prix.»

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