Opinion - La note du paradis? Elle est pour les indépendants et PME

Opinion - La note du paradis? Elle est pour les indépendants et PME

C’est un fait certain que les Paradise Papers font polémique, également auprès des indépendants et des plus petites PME. Nos boîtes mails débordent suite aux nombreuses réactions de mécontentement d’indépendants et gérants de PME. Une fois de plus, ils constatent que des grandes entreprises comme Ageas, Nike et Janssen Pharmaceutica ne doivent pas payer d’impôts grâce à une technologie de pointe au niveau fiscal et que la note finale devra donc, à nouveau, être payée par les plus petits acteurs du milieu des affaires. Ce paradis pour les ‘happy few’ est tout sauf juste, et il s’agit là d’un euphémisme. De plus, les multinationales ressortent toujours les mêmes arguments : ‘sans cette taxation moindre, nous partons et avec nous l’emploi’. En d’autres termes : la force du nombre. Il faut l’admettre, cela à l’air impressionnant, mais sachez qu’à cause de toutes les faillites de l’an dernier – et il s’agit généralement de petites entreprises– près de 21.000 emplois ont été perdus. Ce chiffre est également important, et pourtant une grande partie du monde politique fait la sourde oreille.

A partir de l’année prochaine, l’impôt des sociétés diminue, au taux réduit, à 20 pourcent sur les premiers 100.000 euros de bénéfice de PME. Il est incontestable que c’est une bonne mesure, mais elle ne règle que partiellement le degré élevé d’imposition des indépendants. Plus de la moitié des indépendants n’ont pas de société, mais exercent à titre individuel. Conséquence : ils doivent payer l’impôt des personnes physiques. A ce niveau, rien n’a été fait pour réduire le taux de 50 pourcent ou plus à un taux d’imposition moins élevé. D’ailleurs, toute personne qui a une société et qui se verse un salaire, est soumise à ce même impôt des personnes physiques. Prétendre qu’une diminution de l’impôt des sociétés est bénéfique pour tous les indépendants, c’est leur jeter de la poudre aux yeux.

Les indépendants et PME sont donc furieux de lire que de telles multinationales reçoivent plus de subsides qu’elles ne paient d’impôts dans notre pays. Si on devait donc étendre ce raisonnement aux indépendants, aux micro-entreprises et aux PME, nous devrions in fine œuvrer en faveur d’une aide financière et expertise pour les petits entrepreneurs financée par l’Etat. Ainsi, ils pourraient rechercher la voie la moins imposable aux frais de l’Etat. En ce moment, les indépendants et PME n’ont ni le savoir ni les moyens pour ce faire de telle sorte qu’ils doivent payer la note finale des grands, qui grâce à leur technologie de pointe sur le plan fiscal, peuvent échapper aux impôts dans notre pays. Une solution serait de leur donner les mêmes armes et ce, également aux frais de l’état. Bien évidemment il s’agit d’une boutade, mais il y a beaucoup de vérité dans ces propos. Pourquoi nos gouvernements donnent-ils des tonnes d’argent aux grands et seulement une aumône aux nombreuses petites entreprises qui représentent le cœur économique de notre pays ? Est-ce plus confortable de faire des pirouettes avec des Nike aux pieds et autres multinationales qui ne doivent presque rien payer par charité et qui renvoient la facture au boulanger du coin, au kinésithérapeute qui souhaite développer son cabinet ou au petit entrepreneur issu du secteur de la construction qui, suite au dumping social, a déjà du mal à survivre ?

De toute manière, il est clair qu’après cet énième échantillon de journalisme d’investigation, les choses doivent changer. Les entrepreneurs qui s’acharnent jour après jour pour maintenir la tête hors de l’eau en ont marre de ce type de pratiques. La facture doit être répartie de manière équitable entre petits et grands. Il est vrai que le paradis ne sera ainsi atteint par personne mais l’enfer non plus.

Christine Mattheeuws, présidente du SNI, le Syndicat Neutre pour Indépendants

Cette opinion est parue dans L'Echo du jeudi 9 novembre 2017.

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